Pourquoi installer un piège à frelons asiatiques au rucher ?
Le frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax) est devenu en quelques années l’un des principaux ennemis des abeilles mellifères. En prédation active devant les ruches, il épuise les colonies, provoque un stress important, réduit fortement les butineuses et peut conduire à l’effondrement de ruches entières à l’automne.
Installer des pièges au rucher permet :
- de diminuer la pression de prédation au plus fort de la saison ;
- de limiter le stress devant les planches d’envol ;
- d’augmenter les chances de survie des colonies affaiblies ;
- de mieux suivre la dynamique de présence du frelon sur votre secteur.
Les pièges ne remplacent pas les autres méthodes (destruction de nids, protection des ruches, sélection d’abeilles plus résilientes), mais ils constituent un outil complémentaire intéressant, surtout pour les ruchers fortement exposés.
Piéger sans nuire à la biodiversité : principes de base
Un piège mal conçu ou mal utilisé peut capturer de nombreux insectes auxiliaires (guêpes locales, papillons, mouches pollinisatrices). L’objectif est de cibler au maximum le frelon asiatique tout en réduisant les prises collatérales.
Quelques principes essentiels à respecter :
- Privilégier des pièges sélectifs : entrée adaptée à la taille du frelon asiatique, possibilité d’échappement pour les plus petits insectes ;
- Adapter les périodes de piégeage : éviter les périodes sensibles pour d’autres pollinisateurs, et se concentrer sur les moments critiques pour les frelons asiatiques ;
- Contrôler souvent les pièges : retirer rapidement les prises non ciblées encore vivantes ;
- Limiter le nombre de pièges : multiplier les pièges de manière excessive augmente mécaniquement la prise de biodiversité non ciblée.
Quand installer les pièges au rucher ?
La stratégie de piégeage varie selon la période de l’année et l’objectif recherché.
Piégeage de printemps (février à avril, selon régions)
À ce stade, les fondatrices sortent d’hibernation pour créer de nouveaux nids primaires. Le piégeage peut réduire localement le nombre de colonies de frelons pour la saison à venir. Cependant, ce type de piégeage est controversé car il est particulièrement non sélectif si l’on n’utilise pas de dispositifs adaptés. Il doit être réservé aux zones déjà très envahies, avec une forte pression documentée.
Piégeage estival et automnal (juillet à novembre)
C’est la période la plus intéressante pour les apiculteurs. Les frelons ouvriers sont très présents devant les ruches, et la pression de prédation est maximale, surtout entre août et octobre.
Installer les pièges :
- dès les premiers frelons observés en vol stationnaire devant les ruches ;
- et les maintenir jusqu’à la nette baisse de l’activité, souvent après les premières fortes gelées.
Choisir le type de piège à frelons asiatiques
Plusieurs modèles existent, avec chacun leurs avantages et limites. Pour un rucher, il est recommandé de privilégier des pièges spécifiquement conçus pour le frelon asiatique plutôt que des pièges à insectes généralistes.
Pièges bouteilles artisanaux
Très répandus, ils sont faciles à fabriquer à partir de bouteilles plastiques. Cependant, sans aménagement particulier, ils sont peu sélectifs et capturent beaucoup d’insectes non ciblés.
Pour les rendre plus sélectifs :
- réduire le diamètre des entrées (8–9 mm) pour limiter l’accès à certains insectes ;
- prévoir des zones sèches à l’intérieur, permettant à certains insectes de se poser et de ressortir ;
- installer un grillage ou un filtre à la sortie pour bloquer les gros individus tout en laissant s’échapper les plus petits.
Pièges commerciaux sélectifs
Il existe des pièges développés spécifiquement pour le frelon asiatique, avec des systèmes d’entrées calibrées, de cheminements internes et de zones d’échappement. Ils sont en général plus coûteux mais bien plus sélectifs et durables dans le temps.
À privilégier pour :
- un piégeage durable et régulier ;
- des ruchers situés en zone sensible pour la biodiversité (zones Natura 2000, réserves, etc.).
Pièges à appâts secs ou combinés
Certains dispositifs fonctionnent avec des attractifs secs, d’autres combinent appâts liquides et phéromones spécifiques. Les systèmes à phéromones, lorsqu’ils sont disponibles et homologués, offrent une sélectivité nettement supérieure et limitent les prises accidentelles.
Choisir et préparer l’appât
L’appât joue un rôle crucial à la fois dans l’efficacité et dans la sélectivité du piège. Les frelons asiatiques sont attirés par des sources sucrées, surtout en fin de saison, mais aussi par des odeurs de fermentation.
Recette de base pour appât liquide
Pour limiter l’attractivité sur les abeilles :
- 30 % bière brune (amertume peu attractive pour les abeilles) ;
- 30 % vin blanc (effet répulsif partiel sur les abeilles) ;
- 40 % sirop de fruit ou jus de fruit (pomme, cassis…) ;
- éventuellement une petite quantité d’alcool fort (type rhum) pour renforcer la fermentation.
Bien mélanger et utiliser en quantité suffisante pour noyer les frelons une fois piégés.
Adapter l’appât à la saison
- Au printemps, privilégier des appâts un peu protéinés (jus de viande dilué, poisson fermenté couvert, mélange sucré-protéiné) pour attirer les fondatrices en quête de protéines.
- En fin d’été et à l’automne, les frelons recherchent davantage les sucres : les appâts sucrés fermentés fonctionnent bien.
Précautions importantes
- Éviter d’utiliser du miel ou du sirop d’abeille comme appât, qui attirerait trop les abeilles domestiques.
- Renouveler l’appât en moyenne tous les 7 à 10 jours, ou plus souvent par forte chaleur.
- Éviter de renverser l’appât près des ruches pour ne pas attirer d’autres nuisibles.
Où placer les pièges dans le rucher ?
Le positionnement est aussi important que la qualité du piège et de l’appât. Un piège très efficace mais mal placé aura peu d’impact sur la prédation au rucher.
Distance par rapport aux ruches
- Éviter de coller les pièges directement contre les ruches ;
- placer les pièges à 5 à 15 mètres des ruches, à la périphérie du rucher ;
- positionner les pièges sur les zones de passage des frelons (haies, arbres isolés, bordures de bois).
Hauteur d’installation
- 1,5 à 2,5 mètres de hauteur est généralement idéal ;
- attacher les pièges à des piquets solides, branches ou poteaux ;
- éviter les positions trop basses au sol, plus dangereuses pour la faune non ciblée et plus sensibles au vandalisme.
Orientation et exposition
- Privilégier une exposition mi-ombre, pour limiter l’évaporation trop rapide de l’appât ;
- éviter les endroits constamment au vent fort (l’odeur de l’appât est alors moins stable) ;
- orienter si possible les entrées dans les axes de passage observés des frelons.
Combien de pièges installer ?
Le nombre de pièges dépend :
- de la taille du rucher ;
- du niveau de pression du frelon asiatique ;
- de l’environnement (zone urbaine, rurale, proximité de nids connus).
À titre indicatif :
- pour un petit rucher de 5 à 10 ruches : 2 à 3 pièges bien positionnés peuvent suffire ;
- pour un rucher de 20 ruches ou plus : 4 à 6 pièges répartis sur le pourtour du rucher sont souvent nécessaires ;
- en cas de pression très forte : ajouter temporairement quelques pièges supplémentaires, tout en surveillant l’impact sur la faune non ciblée.
Suivi, entretien et hygiène des pièges
Un piège efficace est un piège entretenu régulièrement. Laisser un piège plein, sale et nauséabond le rend moins attractif et augmente la capture d’insectes non ciblés.
Fréquence de contrôle
- En période d’activité intense (août–octobre) : contrôler tous les 2 à 4 jours ;
- Par temps frais ou faible activité : un contrôle hebdomadaire peut suffire.
Gestes à effectuer lors de chaque visite
- Retirer les pièges, vérifier le contenu ;
- libérer les insectes non ciblés encore vivants si la conception du piège le permet ;
- évaluer le nombre de frelons capturés (noter si possible dans un carnet de suivi) ;
- vider et rincer rapidement les pièges si l’appât est saturé ou trop chargé en cadavres ;
- remplir avec un appât frais, en respectant la recette choisie ;
- vérifier l’état général du dispositif (crochets, attaches, bouchons, joints).
Nettoyage approfondi
Au moins une fois par mois en saison, un nettoyage plus complet des pièges est recommandé :
- lavage à l’eau chaude et brosse souple pour éliminer les dépôts ;
- éventuel passage à l’eau légèrement javellisée, suivi d’un bon rinçage et séchage ;
- vérification des systèmes d’entrée et d’échappement, réparation ou remplacement si nécessaire.
Articuler piégeage et autres méthodes de lutte
Les pièges, même bien placés et entretenus, ne suffiront pas toujours à eux seuls à protéger complètement un rucher très attaqué. Ils doivent s’inscrire dans une stratégie globale.
Repérage et destruction des nids
- Observer régulièrement les trajectoires des frelons quittant le rucher, pour tenter de repérer la direction du nid ;
- signaler tout nid suspect à la mairie ou aux services compétents ;
- faire intervenir des équipes spécialisées pour la destruction, de préférence en fin de journée quand les frelons sont au nid.
Protection directe des ruches
- Réduire les entrées des ruches pour faciliter la défense par les abeilles ;
- utiliser des muselières ou grilles anti-frelons devant les planches d’envol ;
- positionner les ruches de manière à réduire les zones d’attaque frontale (par exemple, éviter les ruches isolées en pleine ouverture).
Renforcement de la résilience des colonies
- Maintenir des colonies fortes et bien nourries, moins vulnérables aux attaques ;
- éviter les essaims trop faibles laissés sur place en pleine période de pression ;
- travailler sur la sélection de souches plus actives et défensives, capables de mieux gérer le stress dû aux frelons.
Adapter sa stratégie au fil des saisons et des années
Chaque rucher est unique. L’environnement, le climat local, la pression de frelons asiatiques et la conduite de l’apiculteur influent sur les résultats du piégeage. Tenir un carnet de suivi permet d’ajuster sa stratégie année après année.
Quelques indicateurs utiles à noter :
- dates d’apparition des premiers frelons au rucher ;
- nombre approximatif de frelons par jour devant les ruches aux périodes de pointe ;
- nombre de frelons capturés par piège et par semaine ;
- impact observé sur l’activité de butinage et la force des colonies.
En croisant ces informations avec les méthodes utilisées (types de pièges, appâts, positionnements), vous pourrez progressivement construire un protocole adapté à votre contexte, efficace contre le frelon asiatique tout en respectant au mieux la biodiversité alentour.